La plume de la danse Hip-hop
Urban WOAHT (Blog)

Eudes Leditcary.

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Cela faisait bien dix minutes qu’il parlait et souriait à ces deux femmes. L’une était blonde et sympathique. L’autre était une black à l’apparence aimable. Dix minutes donc, que je le regardais en diagonale, subjuguée par la toile de ses yeux qui étaient d’un bleu lagon. Le regard et la couleur des yeux des gens avaient toujours provoqué une sensation étrange en moi. Je devenais soudainement un zombie qui ne pouvait alors posé ses yeux sur autres choses.

Dans les transports en communs, il y a toujours quelque chose à faire: lire un livre oublié au fond d’un sac, écouter de la musique, faire un jeu idiot sur son portable ou sa PSP & regarder les gens. Car oui, lorsque nous sommes assis sur nos vieux sièges sales, nous devenons subitement psychologues. Nous nous prenons tous au jeu d’étudier les visages de ceux qui nous entourent, d’imaginer ce qu’ils vont faire en sortant, de penser à ce que dit la personne qu’ils ont au bout du fil.

Mais pendant que mes camarades de jeu s’amusaient à se contempler les uns et les autres; moi, je le regardais toujours. Peut-être se jouait-il de moi. Mon regard était beaucoup trop insistant et pesant pour qu’il n’ait pu le remarquer.

Plus les stations passaient, plus je m’impatientais.

Son profil n’était pas désagréable mais je voulais ne pas m’arrêter à cela.

Lui, de son côté continuait de rigoler avec ces deux femmes. Je me disais qu’il les connaissait, qu’ils rentraient ensemble d’un café ou de l’école. Il semblait à l’aise; elles aussi.

La blonde partît la première, en faisant un bref signe de tête qui montrait qu’elle descendait à cette station.

Je le regardais toujours, il semblait heureux. Il avait la barbe de trois jours, un air bohème et un chapeau quadrillé vert d’oie. La seconde femme descendît alors en le saluant timidement.

Drôle de façon de se quitter pour de présumés amis, n’est-ce pas ? Mais il s’avéra qu’ils ne l’étaient pas.

Il posa son sac à dos sur son siège de gauche et se repositionna. Il regarda de coté, mais ne me vît pas. Je le regardais encore, et ma station approchant il était désormais vital qu’il me regarde maintenant. C’est ce qu’il fit; d’abord un vif coup d’œil pour balayer l’horizon. Puis un second suivit d’un sourire sincère et jovial & d’un faux mime de bonne surprise accentué par un « Oh » amical.

Il m’avait vue. Il n’était pas spécialement beau mais il avait un charme certain. Il patienta quelques secondes en place puis se leva pour arracher un papier de panneau publicitaire accrochés au plafond du Métro 9 qui allait sur Montreuil. Il sortît un Velléda de son sac et se mît à écrire. Les hommes à sa gauche étaient interloqués et un peu choqués. Moi-même, surprise par cet acte, je me mis à me méfier. Il pouvait être n’importe qui et se révéler être un fou dangereux.

Mais j’avais tort. Je me tortillais sur mon siège pour lire par-dessus son épaule. Et enfin je pus lire ceci:

« Que veux-tu vraiment dans la vie à part l’argent ? ». Il mit sept tirets, et écrit en premier « Le pouvoir ».

Je me mis alors à réfléchir à ce que j’aurais moi-même marqué lorsqu’il referma la feuille avec un stylo à l’intérieur: il attendait une réponse. Je regardasse autour de moi comme pour trouver du soutien et tomba sur le regard d’une femme black qui était intéressé par le geste du jeune homme.

Nous n’étions plus qu’à quelques secondes de ma station & j’allais descendre. Je fis exprès de repasser devant lui pour qu’il me voit une dernière fois.

J’avais rencontrée Eudes, mon vagabond (SDF?) de 28 ans.

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