La plume de la danse Hip-hop
Hip-Hop Social

[ ROK – Reaction Of Kiudee ] Rapport « La danse Hip-Hop » rédigé pour le Ministère de la Culture

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(English version available here)

Je ne connais que trop bien l’auditoriat (pour ne pas dire « les gens ») qui lira cet article et vais donc aller droit au but. Cet article a pour but de réflexioner quant à des propos lu dans le rapport « La danse Hip-Hop » rédigé en octobre 2002 par Roberta Shapiro, Isabelle Kauffmann, Felicia McCarren pour la Mission du patrimoine ethnologique – Ministère de la Culture et de la Communication. Bien que le rapport soit long, je conseille de le lire; certaines perles sont à lire et on peut tout de même y trouver des propos intéressants.

Donc:

1. Ce qui est écrit: « le hip-hop est désormais « un courant de la danse contemporaine , voire « ce qu’il y a de plus contemporain dans la danse contemporaine »

Ce qu’il faut comprendre:  Le hip-hop est un allongement de la danse contemporaine

Ce que j’en dis: Dans ce cas-là il est aussi possible de dire que la danse contemporaine est une forme nouvelle de danse classique qui par son absence de codes propose une liberté de mouvement plus certaine, moins connoté au ballet plus appropriée à une forme d’expression plus proche que celle exprimée par la danse classique. Oui, si on le souhaite on peut trouver des branches partout.
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2. Ce qui est écrit: « À l’intérieur comme à l’extérieur du mouvement hip-hop, on se pose donc la question : l’enrichissement de la danse contemporaine qu’apporte le hip-hop se paiera-t-il par la disparition d’une des parties ? »

Ce qu’il faut comprendre: On pourrait la reformuler ainsi: En tant que danseur contemporain, choisir de s’enrichir par le hip-hop amène t-elle à se dépourvoir totalement des codes de l’un ou de l’autre ?

Ce que j’en dis: Il est vrai que l’enrichissement par le Hip-hop entraîne naturellement des changements, que ce soit dans la manière d’interpréter de capter le son ou encore de mouvoir. Toute fois, « disparaître » est un trop grand mot, je pense qu’il est plus convenable de dire qu’un amoindrissement se fait.
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3. Ce qui est écrit: À la grâce des ballerines sur pointes tendues vers le ciel, à la légereté du pied nu du danseur contemporain, s’oppose la lourdeur des chaussures de sport du danseur hip-hop qui collent au sol.

Ce qu’il faut comprendre: Je vois même pas ce qu’a pu vouloir suggérer par ces propos l’une des doctorantes. Peut-être voulait elle signifier ou faire du chausson de danse classique, objet de magnificence.

Ce que j’en dis: Il est certain que si les danseurs classiques portaient des baskets ils perdraient en grâce car le chausson épouse complètement la forme du pied et allonge donc le corps au maximum, mais les danseurs Hip-hop savent faire des déplacements merveilleusement fluides et légers à penser qu’ils volent. Il est assez irrespectueux de ne pas donner de mérite à cette faculté de déplacements qui personnellement m’émerveille.
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4. Ce qui est écrit: Un diplôme de danse hip-hop pour protéger un marché ?

Ce qu’il faut comprendre: Tout est dans le titre là vraiment.

Ce que j’en dis: Employer le mot de « marché » signifie que l’idée d’un hip-hop commercial est pensé. De ce point de vue-là la question se pose: est-ce qu’un diplôme protégerait réellement la danse hip-hop ou la contraindrait à se formater ? Protéger c’est structurer; mais est-ce que structuré c’est formater ? Pour ma part je pense que formarter le Hip-hop n’est pas une bonne idée. C’est un mouvement libre, nous devons le garder comme ça.
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5. Ce qui est écrit: « Il faut pas laisser ces gens prendre le pouvoir, il faut que, nous, les danseurs, on crée une force hip-hop » (Djamila)

Ce qu’il faut comprendre: Ne pas laisser à l’Etat la possibilité d’avoir main-mise sur une danse issue d’une culture faite pour nous rassembler et nous sauver de la délinquance.

Ce que j’en dis: Aujourd’hui c’est à nous de nous rassembler pour sauver cette danse.
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6. Ce qui est écrit: Savoir et savoir-faire se prolongent en un savoir-danser.

Ce qu’il faut comprendre: L’apprentissage, et l’entraînement mènent et doivent mener à l’exécution, à la mise en oeuvre de l’art.

Ce que j’en dis: C’est une jolie phrase. Une des rares phrases sensés de ce rapport.
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7. Ce qui est écrit: Pour l’instant, nous pouvons noter que les professeurs qui disposent de leur propre salle pour l’enseignement sont les plus expérimentés. Il s’agit de danseurs-chorégraphes qui ont fondé (ou rejoint) une association et enseignent au nom de la compagnie qu’ils dirigent ou à laquelle ils appartiennent.

Ce qu’on comprend: Il faut donner des cours pour être un bon prof.

Ce que j’en dis: Là encore il y a maladresse je pense vis-à-vis d’une subtilité non dévoilée et qui est le partage. Certaines personnes apprennent plus dans des sessions, à travers des échanges que dans un cours. Après je ne nierai pas qu’une structure permet un perfectionnement peut-être plus assuré.
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8. Ce qui est écrit: Le ministère de la Culture a engagé la discussion avec les danseurs hiphop sur léventualité de la création d’un diplôme dans leur discipline

Ce qu’il faut comprendre: Ici encore c’est assez clair. Il faut savoir que ce diplôme comme expliqué dans le rapport mais (volontairement, je pense) flouté, reviendrait à faire passer le DE de IV à III. Pour qu’un danseur puisse enseigner, il devra au préalable avoir fait la formation et se voir remettre le diplôme par une institution agrée et jugée assez compétente pour le lui assigner.

Ce que j’en dis: Une réforme de la certification des enseignants de danse ne profiterait qu’au CND, au TCD et à l’Etat. C’est vrai que c’est un sujet de discorde que malheureusement, peu de danseurs s’entreprennent à déblayer. De plus, une telle réforme entraînerait une mise à l’écart des danseurs aux moyens insuffisant mais professionnels et/ou avides de partager leurs passion.
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9. Ce qui est écrit: « En vertu de quels traits le hip-hop mérite-t-il le nom de danse ? »

Ce qu’il faut comprendre: la question. Elle est claire. Relisez si vous comprenez pas.

Ce que j’en dis: A chaud, j’ai envie de dire « C’est quoi votre problème ?’. Mais j’essaye de paraître un tant soit peu raisonné en disant que je ne vais pas, comme beaucoup le feraient, commencer à faire une comparaison avec d’autres danse pour prouver que le hip-hop mérite d’être considéré comme une danse. Je m’attacherai à ne parler que d’elle, parce qu’en un sens, on peut parler du hip-hop sans parler d’autres danses, car elle s’est un peu faite dans son auto-suffisance. C’est une danse parce que les danseurs y ont vu une forme d’expression, véhiculatrice d’une flopée de choses, de sentiments donc une voie de communication. Poser cette question, mène directement à avoir une réflexion sur la danse. Qu’est-ce la danse ? Qu’est-ce qui peut et mérite d’être nommer comme « danse » ? Concernant le hip-hop, au jour d’aujourd’hui la question ne se pose plus. De quelle manière, et pourquoi non plus; car il serait inconcevable de considérer le Hip-hop comme un simple mouvement (dans le sens large du terme et non pas corporel).
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10. Ce qui est écrit: La légitimation comme «danse» d’une des composantes du mouvement hip-hop doit beaucoup à l’action des professionnels de l’éducation […]

Ce qu’il faut comprendre: La danse hip-hop, car c’est ce dont parle le rapport est considéré comme une danse grâce aux « professionnels de l’éducation ». Ne vous leurrez pas, ici, « professionnels de l’éducation » réfèrent aux personnalités politiques.

Ce que j’en dis: Qui sont ces personnalités ? A quelles moments ont-elles agit ? Quelles en sont les effets ? Car les principaux acteurs, danseurs comme activistes n’en ont pas ouïe dire. Et puis, vous avez fait quoi pour nous ? Franchement non, commencez pas à vous appropriez une danse qui n’est pas la vôtre.
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Ce que j’en dis de tout ça au final: Je ne comprends pas comment des personnes qui n’ont pas étudiés le milieu de manière introspective arrivent en parler dans 205 pages. Le contenu n’est pas vide, certaines interventions comme celles de noter que le manque de représentants de cette danse ne permet pas de lui donner une place (aussi) forte que la danse classique et/ou contemporaine. Mais certains propos ne sont pas fondés: 3/4 des propos censés porter sur le Hip-hop, qui regroupent comme nous le savons une multitude de style, sont basés sur le break-dance car comme écrit « Nous avons assisté principalement à des entraînements de break ». Je suis prête à rédiger un contre-rapport s’il le faut mais laisser le Ministère de la Culture et de la Communication penser que le Hip-hop c’est ça, je ne peux pas le concevoir.

Post-Scriptum: Hip-Hoppeurs n’est pas français.

Lien: http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_424.pdf ou cliquez ici

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