La plume de la danse Hip-hop
Hip-Hop Social

Retour sur la conférence-débat de @NoiseLaVille | STRITER

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Ce soir, j’ai pu retourner sur les bancs de l’école (que j’ai quitté récemment, je vous rassure) en venant assister à une conférence-débat au sein de Sciences Po.
Organisé par l’association étudiante Noise La Ville, elle avait pour thème : « Danses Hip-Hop & l’Etat, quelles perspectives ? » et conviait en ce début de soirée différents acteurs évoluant au sein et/ou à proximité de la culture danse Hip-Hop.

Accompagné des autres membres du Moovement ainsi qu’Axel & Mélissa, c’est dans le bel amphithéâtre Émile Boutmy et sur une introduction de Pierre (co-fondateur de l’association organisatrice) que cela a débuté.

Sur l’estrade, on retrouve Aurélien Djakouane (sociologue), Laurent Vinauger (tout nouveau Délégué à la Danse à la Direction Générale de la Création artistique au Ministère de la Culture et la Communication), Nasty (danseur, fondateur de Quality Street), Michel » Meech » Onomo (danseur et chorégraphe), Chloé Le Nôtre (chef de projet adjointe à la Villette, conseillère artistique et technique du projet IADU) et Bruce « Ykanji » Soné (danseur & fondateur du Juste Debout) et le journaliste Yérim Sar en tant que médiateur.

Anne Nguyen manque à l’appel mais c’est dans une vidéo tourné au préalable qu’elle exprime de manière assez évasé son attachement à vouloir que l’on respecte les codes de la danse Hip-Hop en prenant exemple de son parcours et son mentor (Laos). Elle a tenu à signifier que son travail auprès de ces jeunes, à qui elle enseigne à Sciences Po, se fait dans la direction que chacun puisse avoir les outils pour se développer personnellement en précisant que « on reconnaît un bon prof, lorsque ses élèves ne dansent pas comme lui« . Bien que je la rejoins sur certains points, je regrette son absence car j’aurais voulu la voir affirmer ses propos devant les autres interlocuteurs et enfin avoir une réelle confrontation des différents dires qui circulent.

La question du DNSP est vite abordé avec Laurent Vinaugier qui nous explique être arrivé il y a une semaine au poste de Délégué de la Danse et que l’un des dossiers « posé sur son bureau » était le DNSP. Conscient de l’ampleur du débat qui concerne la commande qui lui a été faite d’étudier la création d’un diplôme pour les interprètes, il était présent ce soir afin d’être à l’écoute de ceux qui sont au coeur dette proposition. A travers ce débat, il amorce un pas vers la discussion qu’il souhaite privilégier. Toute fois, il a abordé des points qui se sont avérés plus houleux qu’il ne semblait l’avoir prévu : comme la récente attribution du titre de « Compagnies Nationale » qui crédibilise certaines compagnies (et donc, pas d’autres) ; le budget annuel de 550 000€ déversés pour 23 compagnies Hip-Hop 23 dont 4 conventionnées, 8 en structuration, 11 en cours de projets (à se demander ce qui choque le plus : le nombre de compagnies ou le budget accordé) ; la multiple réitération de ne « répondre (qu’)à une commande » sans jamais nous préciser le quémandeur, mais aussi la suggestion de « faire en sorte que nos acteurs investissent le gouvernement pour le changer & y contribuer de l’intérieur« .

Des points qui ont été contre-carré avec merveille par Nasty & Bruce Ykanji. Ce dernier a superbement exprimé son ras-le-bol ainsi que son manque de confiance en un système redondant qui n’a jusque là jamais su apporter les aides suffisantes ainsi que les réponses nécessaires depuis 30 ans. Bien que la question ait été posé, aucune réponse n’a été apporté quant à savoir qui donc a initié cette commande. Entre-nous, disons-le, nous savons que des noms tels que ceux Kader Attou & Mourad Merzouki n’ont pas été évoqués (ce dernier a été convié mais fut absent) bien que nous savons qu’ils soutiennent fortement le « Pour ». J’aurais réellement passé une soirée mémorable si Mme.Nguyen et Mr.Merzouki étaient présents afin que l’on puisse vraiment assister à un débat qui pour le coup s’est pas mal penché sur Mr.Vinauger qui tant bien que mal à voulu affirmer sa démarche et défendre son statut.

Nasty quant à lui a su mettre en lumière une réflexion que peu ont eu demandant ouvertement « Pourquoi pensons-nous à faire des formations payantes pour les interprètes quand on sait que ceux-là mêmes ne tournent que très peu lorsqu’ils sont en compagnies par la suite ? La vraie question est celle de savoir où il faut réellement mettre l’argent, qui est celui du contribuable donc ; alors faisons ce qui est le mieux pour les interprètes. Réinvestissons au mieux« . Tout comme j’ai été contente de l’entendre dire que « Non, il ne faut pas que nous faisions en sorte d’être dans le gouvernement », ce sont les « jeunes qui doivent faire cette démarche afin de nous ouvrir les portes et accès ensuite ». Une parole qui m’a conforté dans l’idée que nous sommes réellement maître du futur de cette culture & qu’il ne tient qu’à nous de nous forger les armes.

« A nos enfants d’entrer dans la politique et de laisser l’accès aux vrais protagonistes. Ça va prendre du temps mais c’est la solution« (Bruce Ykanji)

Tout deux ont soulevés l’écart important d’aides apporté à l’égard des actions de danse Hip-Hop : les institutions locales apportant plus d’aides que le Ministère de la Culture lui-même. Un point que Bruce a identifié comme étant une volonté de littéralement nier l’existence et l’importance de nos actions : le Ministère de Culture ne voulant par exemple pas assister au Juste Debout alors que c’est un évènement qui rassemble des milliers de personnes du monde entier. Pourquoi donc notre propre gouvernement ferme t-il les yeux sur la prospération culturelle des danses Hip-Hop ? Du moins, quand ça les arrange. Car aujourd’hui, le plus gros problème reste pour le Hip-Hop de devoir « rentrer dans des cases« . La danse Hip-Hop n’en est pas alors clairement, on banalise. Pourtant la France rayonne par son excellence et nous pouvons en être fiers. Nous nous devons d’en être fière et de la booster.

La réunion entre Le Moovement et l’ex-Ministre de la Culture (Fleur Pellerin, désormais remplacé par Audrey Azoulay) du 8 Décembre 2015 a ainsi été évoqué à de nombreuses reprises puisque Fleur Pellerin avait alors assuré que le DNSP n’était plus d’actualité : c’est donc avec surprise -qui n’en est pas une, au final- qu’a été reçu l’annonce de la reprise du dossier.

Chloé Le Nôtre a, elle, tenu à appuyer le fait qu’à défaut d’aboutir à des actions concrètes, cet inlassable débat participe à « renouer le dialogue« . Elle a évoqué une évolution allant dans le bon sens du côté des programmateurs qui s’informe plus sur cette danse et deviennent peut-être plus apte à sélectionner les compagnies.

Un autre sujet abordé à été que des gens non-référencés dans notre culture sont les décisionnaires de notre destin. Nasty l’a très bien souligné : « Ce sont des personnes qui ne connaissent rien à notre culture qui se présentent à nous en tant que spécialistes« . Comme il l’a dit, dans n’importe quelle autre discipline (patinage artistique, équitation) ce sont des références du milieu, d’anciens champions/entraîneurs, des « pairs » qui jugent ; quand c’est le Hip-Hop ce sont des « tiers-personnes« .

« On a besoin, quand on va se présenter à un concours, de reconnaître les gens qui vont nous juger et se dire qu’ils vont bien le faire. Il va peut-être me refuser ou m’accepter mais on se connaît » (Nasty)

A la suite de ce débat qui s’est terminé beaucoup trop tôt, et qui laisse un sens d’inachèvement, j’espère que le nouveau délégué a pu sentir qu’il fallait réellement prendre cela avec poigne et sérieux. J’ose croire qu’il restera ouvert à la discussion et aux propositions & qu’il saura se différencier de ses prédécesseurs – ce qui est déjà le cas en faisant la démarche de venir nous écouter. En ma qualité de blogueuse, je peux vous affirmer que je vais continuer à suivre de très près ce sujet et à vous éclairer sur ses zones d’ombres. Le débat a duré près d’1h30, ce fut aussi instructif que drôle (il faut le dire) et c’est toujours mieux d’être là. La vidéo arrive très prochainement sur les réseaux de Noise La Ville : rattrapez tout ça ! ♥

PS : Laurent Vinauger a annoncé qu’une liste de 13 noms d’acteurs Hip-Hop sera bientôt délivré au Ministère afin qu’ils rejoignent le camp des décisionnaires des projets danse Hip-Hop. On ne sait pas qui fait la liste, ni qui sera sur la liste, mais ça se fera…

PSS : Au plaisir d’avoir une partie 2. Beaucoup de choses se sont dites, comme trop peu en même temps. Il nous faudra du temps, il en a manqué ce Jeudi soir mais ça reste enthousiasmant de voir les gens de plus en plus concernés.

PSSS : Merci Noise La Ville.

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  1. Atem

    Merci Kiudee!

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