La plume de la danse Hip-hop
Hip-Hop Social

Sorry but being a woman in the dance community ain’t a problem (🇫🇷/🇬🇧)

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STRITER : Bonjour Kiudee, je vous sens un peu tendue, vous voulez de l’eau?

KIUDEE : Non, merci. Je vais me calmer… C’est juste que le sujet de notre entrevue m’enthousiasme. Je sens les punchlines jaillir de mon esprit comme si mes anticorps répondaient à un sale virus.

STRITER : Je vois, commençons alors. Vous avez décidé de faire appel à moi pour vous exprimer sur un sujet qui vous tient à coeur. Vous pouvez nous en dire plus ?

C’est un sujet qui me frustre énormément, en effet. Alors je vais en parler correctement en vous exprimant tout d’abord comment j’en suis arrivée là.

J’ai répondu à une interview filmée dans le cadre du reportage et à un moment donné est venu cette fameuse question qu’on aime à poser à toutes les femmes : “C’est dur d’être une femme danse ce milieu ?
ou “Ça fait quoi d’évoluer dans une culture masculine ?
ou encore “Tu as déjà ressenti le poids d’être une femme dans ton parcours ?

Des questions que je juge toujours impertinentes à souhait et qui me donnent juste envie de crier : “désolée d’avoir un vagin, en fait! Je pensais pas que cela causerait tant de tourments”, surtout lorsque vous êtes interviewée par une femme.

STRITER : Qu’est-ce que cela révèle d’après toi ?

En-dehors du fait que cela ne fait que renforcer une pensée complètement out-dated, c’est aberrant de voir que l’on puisse considérer qu’être une femme est un problème. Rien que ça, c’est un problème. C’est aussi très frustrant de sentir que l’axe de la différence des genres est le prisme de votre pensée et réflexion. Comme si le travail n’était rien.

STRITER : D’après toi, c’est quoi le fond du problème dans ce cas ?

Par définition, un problème est une “difficulté mettant dans une situation pénible, contraignante, contrariante.” Par définition donc, un problème est masculin et être une femme devrait être le nôtre? CHEESE.

STRITER : Tu veux dire que cela ne l’a jamais été ?

Ne nous méprenons pas. J’ai conscience du contexte socio-culturel dans lequel notre culture hip-hop a fait sa place et j’éprouve un grand respect pour ces femmes qui n’ont pas eu peur de se confronter à une pensée archaïque où elles n’étaient pas les bienvenues. À ces dames, je dis Merci. Mais aujourd’hui, en 2017, si je m’assois sur mon canapé et que je me fais un panorama de l’impact de la présence des femmes dans la culture danse hip-hop, je ne statue pas sur le fait que nous ayons été un problème. Bien au contraire.

STRITER : Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

En général, des problèmes, on n’en veut pas. Ça veut dire qu’on ne veut pas de nous ? Je ne pense pas. Je ne peux compter le nombre de crews recensant au minimum une femme, je ne peux recenser le nombre de femmes activistes dans la danse qui se démène à faire bouger les choses. Et ce, à toutes échelles. Qu’elles dansent ou pas.

STRITER : Donc être une femme c’est bien ?

Bah oui. Je me demande comment on peut ne pas se sentir débile d’avoir ce genre de réflexion. On demande pas aux hommes ce genre de réflexion sur eux-mêmes alors que bon nombre auraient bien besoin de revoir leurs visions du monde. Après, cette pensée n’est pas propre à la danse. C’est la même chose dans notre société, sauf que dans un microcosme qui a toujours prôné l’égalité des sexes et la prioritisation de l’artistique sur “tout le reste”, je trouve que le débat est creux.

STRITER : Malgré ton bon vouloir, la question continuera d’être posée. Qu’est-ce qu’il faut faire pour y remédier ?

Il faut se rendre compte que la vraie question n’est pas là. Il ne faut pas demander : “Est-ce qu’être une femme est un problème dans la danse hip-hop ?” mais “En quoi être une femme change votre rapport à la danse hip-hop ?” Et là, je pourrais m’exprimer sur le sujet.

STRITER : En disant quoi par exemple ?

Je pourrai vous dire qu’être une femme n’a pas été la première chose qui m’a conduite à venir dans cette culture. Contrairement à ce qu’on insinue, je n’ai pas l’impression que les femmes que je rencontre en sont arrivées là en pensant venir se battre au nom des femmes qu’elles sont, mais plutôt (et surtout) car elles aiment ça. On vient vivre notre passion et on nous impose un combat. Être une femme change notre rapport à la danse hip-hop mais de manière plus interne et ça, on l’oublie. On ne demande jamais comment elles envisagent une grossesse quand elles sont pros. On n’aborde jamais la question de la féminité dans la danse. On ne parle jamais des insultes, des menaces que l’on peut subir. On ne fait jamais un point donné à relever l’importance de discuter de faire de la prévention auprès de nos jeunes filles sur les vices qui existent dans notre culture.

STRITER : Tu parles de combat, donc il y en a un quand même ?

J’ai envie de dire oui, même si ça ne me touche pas tant que ça.

STRITER : Comment toi, tu le ressens dans ce cas ?

Je suis arrivée, j’avais 16 ans. Même si je pense avoir toujours été mature d’esprit, je me considère réellement comme une jeune femme depuis peu. C’est même une position que j’ai du mal à affirmer car étant très carriériste, j’ai toujours eu peur que le jour où je m’affirmerais comme une “femme”, on en oublierait tout mon travail. J’ai ainsi toujours veillé à dissocier ma vie dans la danse, et ma vie privée.

Pour être totalement honnête, je pense que ce côté femme ne m’apparaît pas comme un problème car je l’ai décidé. J’ai décidé que cela ne serait pas mon point d’entrée pour m’affirmer dans cette communauté mais que le jour où je m’émanciperais de ce qui reste, quand même, une barrière émotionnelle : je propagerais une image positive et saine. Du coup, mon rapport avec mes amis dans ce milieu a conforté cette pensée et les garçons de mon groupe ont toujours su faire apparaître ce choix comme quelque chose de précieux. Je me suis ravie de les avoir entendu me dire qu’ils appréciaient “ma discrétion“, et que “il faudrait plus de filles comme moi“…

Des discours qui font plaisir mais qui me révélaient surtout que le problème à leurs yeux (et sûrement à ceux de pleins d’autres) ne résidaient finalement pas dans le fait d’être une femme, mais plutôt dans ces images qu’ils ont des “meufs dans la danse”. J’aurais pu en sonder plus d’un, je suis certaine qu’aucun n’aurait été capable de me citer le noms de 3 femmes qu’ils respectent vraiment dans le milieu et c’est terrifiant.

STRITER : D’après toi, il y a un travail à faire au niveau de ces Messieurs alors ?

Oui et Non. Non, car ils ne sont pas tous bêtes heureusement et sans pour autant se voiler la face sur le fait d’avoir une femme en face d’eux, certains n’ont jamais eu cette pensée que cela puisse être problématique. Vrai qu’ils sont les plus aptes à l’egotrip, mais ils ont tout de même les corones de reconnaître avec plaisir quand ils trouvent une femme forte et de ne pas se dire que ses chromosomes XX y sont pour quelques choses. La détermination, le talent et le travail n’ont pas de genres ni de couleurs.

Pourtant, dans certains cas, je sais que ces Messieurs n’aident pas alors je dirais que oui. Pour parler de mon cas, leur premier instinct les a poussé à me tester afin de voir si j’avais les épaules pour écrire comme je le fais, de savoir si j’étais faible et manipulable, découvrir s’il était possible de me “gérer” à base de sextos et vidéos que par ma bonne foi je ne dévoilerais au grand jamais.

STRITER : Oh… Et quelle était ta réaction ?

Je laissais aller. Comme je l’ai dit plus haut, je sais pourquoi je suis là et j’ai pris tout ça pour des tests en gardant en tête deux phrases. La première, “ils finiront par m’aimer. Qu’ils fassent semblant ou pas“. La deuxième, “Puissance respecte puissance” : si je veux qu’on me respecte je dois avoir du poids ; et si ma crédibilité était un problème, alors je deviendrais crédible. Je trouve cela challengeant d’avoir à faire mes preuves: non pas que je ne sais ce que je vaux, mais j’aime voir les gens l’avouer.

STRITER : Et à échelle sociétale, comment replaces-tu ça ?

Il faut comprendre que les mentalités ont beaucoup évoluées ces dernières années au sein de notre culture. Je pense sincèrement que la position de la femme est largement acceptée mais il nous faut encore nous entre-valoriser pour que cela rayonne même en-dehors de nos “murs”. Afin que les journalistes finissent même pas trouver désuet et ridicule de poser cette question. Nous avons des femmes fortes, ambitieuses et entrepreneuses.

Au nom de ces femmes, pour nous, la prochaine fois qu’on me demandera si c’est un problème d’être une femme dans le hip-hop, je répondrais “Seulement quand on me pose la question“.



STRITER : Hi Kiudee, I feel you tensed, you want water?

KIUDEE : No, thanks. I’ll calm down.. The subject enthusiasm me. I feel punchlines going out from my mind like my antibody were fighting a virus.

STRITER : Get it. We here to talk about a subject you care. Tell me more!

This subject is frustrating me so I’ll start telling you how it comes that I want to talk about it.

I went to an interview filmed for the Netflix report We Speak Dance and came this moment the woman asked me this question: “It is hard being a woman in this community?”. It sounded like she asked me “it is a heavy weight you were born a girl?”.

An irrelevant question that just want to make me scream: “sorry for having a vagina! Didn’t know it will disturb you that much”.

STRITER : What is it revealing?

Outside the fact it just increase an out-dated way of thinking, it’s totally absurd to be able to consider being a woman can be problem. That’s a problem. It’s also frustrating to see the only line of thinking our dance community is through our gender. Like work had nothing to do with it.

STRITER : For you, what’s the main problem?

By definition, a problem is a “difficulty putting you into a hard and restrictive situation.” By definition then, a problem is masculine and being a woman should be ours? CHEESE.

STRITER : You mean it has never been? 

Don’t be mistaken. I’m conscious of the social and cultural background in which our dance community were born and feel so much respect for the women who made her selves through this time. To them, I say Thanks. But today, in 2017, when seating in my sofa making a panorama of the actual impact of women, I won’t rule that they have been a problem. Quite the opposite.

STRITER : What do you mean by that?

Generally, we don’t want problems. Would that mean they don’t want us. Don’t think so. I couldn’t even count the number of women being in a crew with men. Can’t count how many women are also activist and daily work to make things happen. At every scale. By dancing or not.

STRITER : Being a woman is great then?

Yes. I wonder how we can’t feel stupid asking. Nobody ask men to have reflection about themselves: too much educated in the aim to be sure of what they’re doing but that’s another point. That’s not only in the dance. It’s the same in our society but because dance community is a microcosm where the equality of sex and Art always have been a priority, the debate came to be empty and useless to me.

STRITER : Despite your goodwill, the question will remain. What’s needed to solve it?

We must realize that’s not the real question. We should ask: “Is that hard being a woman in the hip-hop dance?” but “How being a woman change your relation to the dance community?”. Then now, women could talk. I could talk.

STRITER : Saying what for example?

I can assure you that to be a woman was not the first thing which led me to come in this culture. Contrary to what medias insinuate, I don’t feel like the women I met came in the community thinking to fight in the name of the women they are, but rather (and especially) because they like that. We come to live our passion and society imposed us a fight. Be a woman changes our relation the hip-hop dance but in a more internal way and that’s forgotten. We never ask how women consider a pregnancy when they are professional dancers. We never broach the question of the femininity. We never speak about insults, threats which we can undergo. We never make a point to raise the importance of making preventive discussing with our young girls about the deviousness existing in our culture.

STRITER : You said “fight”, so there’s one at least?

Yes, but it doesn’t lie in the fact of proving or making others accept our womanliness.

STRITER : How do you feel on your side?

I arrived, I was 16. Even if always felt mature, I started considering myself as a young woman recently. It’s even the position which I have difficulty in asserting because being very careerist, I was always afraid that when I would assert myself as a woman, people would forget all about my work and what I did to come where I am. So I made a point separating what I show in the dance, and my private life.

To be totally honest, I think being a woman didn’t appeared to me as a problem because I decided to. I decided that it would not be my entry point to assert myself in this community but that when I will feel ready to emancipate from what remains kind of an emotional barrier: I would propagate a positive and healthy image. As a result, my relationship with my friends in this community consolidated this thought and the guys of my group always knew how to make this choice something precious. I was delighted to hear them tell me that they appreciated “my discretion”, and that it “needed more girls like me “…

Speeches which pleased me but which revealed me that the main problem for them (and certainly for many others) wasn’t living in the fact of being a woman, but rather in these images they have of the “women in the dance”. I could have ask more than one of them, I’m pretty sure none would have been capable quoting me names of 3 women they really respect in the community and it is terrifying.

STRITER : For you, the work has to be made with these Men?

Yes and no. No, because fortunately they’re not all stupid asses and without being in denial of having a woman in front of them, some never had this thought that it can be problematic. True that they are the most capable of egotrip, but at least, they got the balls to easily recognize when they find a woman is strong in what she’s doing and not claim that her XX chromosomes XX have something to do with it. Determination, talent and work have neither gender nor colors.

Nevertheless, in certain cases, I know that these Sirs don’t help then I would say yes. To speak about my case, their first instinct urged them to test me to see if I had shoulders to write as I did (and actually do), to know if I was weak and manipulable, to discover if it was possible “to hook up” with me sending sextos and videos which by my good faith I would never publicly reveal.

STRITER : Oh… How did you react?

I Iet it go. As I said above, I know why I’m here and considered that as test that I passed keeping in mind two sentences. First, “they’ll end loving me. Pretending or not”. Secondly, “power respect power” : if I want to be respected, I must earn it ; and if, my credibility is a problem, then I would become credible. I love these challenge having to prove: I know my worth, but I love seeing people having to confess it.

STRITER : How do you contextualize this in our society?

It’s necessary to understand that the mentalities evolved a lot these last years within our culture. I sincerely think that the position of the women is widely accepted now but we still need to highlight our positive women and value their worth & work so that it shines even except our “walls”. So that the journalists stop asking the same old-fashioned and ridiculous question. We have strong, ambitious women and entrepreneurs. Let’s be proud of them and let their path clean to build.

In the name of these women, for us, for me the next time I’ll be asked if it’s a problem to be a woman in the hip-hop, I would answer “Only when you ask”.

Please share tagging and saying few words about women in your life that you are proud of.

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  1. Pingback: Perdona, pero ser una mujer en el hip hop no es un problema. - STRITER

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